J’utilise Uber en Afrique ! Conseils aux voyageurs !

Je suis motard depuis toujours. Avoir une voiture en second véhicule était un choix technique. C’était ça ou chercher désespérément un taxi. Mais c’était avant ! Avant qu’Uber n’arrive à Paris. Depuis, plus de voiture.  Je suis devenu client régulier d’Uber, de ses berlines noires et de ses chauffeurs dans l’ensemble attentionnés. Ne plus avoir à contrôler l’itinéraire suivi ni à prévoir le change nécessaire à un paiement en liquide : je suis fan !

Il n’y avait donc qu’un pas pour que j’utilise Uber lors de mes déplacements professionnels en Afrique et au Moyen-Orient.

Premier essai en terrain balisé, Dubaï. Premier sourire en constatant que l’option pool est remplacée par l’option hélicoptère. Quelle démesure de ce pays ! Restons les pieds sur terre, ce sera une berline pour aller à mon rendez-vous. Ici, elles sont de couleur crème. Le confort de ces Lexus est sans faille. Exit toutefois le sourire du chauffeur parisien. Le chauffeur dubaïote n’est pas un marrant. Quoi qu’il en soit, expérience réussie. Le service est aussi précis qu’à Paris.

Je pousse plus loin l’aventure. Me voici à Kampala, en Ouganda. Le taxi attitré de mon hôtel n’est pas disponible. Alors, je lance l’application Uber. Surprise, quelques voitures croisent dans les alentours. Je commande et suis avec intérêt l’approche de mon chauffeur. Pendant de longues minutes, la voiture reste immobile. Je suis perplexe. Mais c’est l’Afrique. Mon chauffeur est peut-être attablé dans une gargote à manger un rolex[1]. Enfin, le picto de sa voiture se met en mouvement. Il se rapproche, arrive à un carrefour et… se trompe de route. Il faut dire que je n’ai pas vu beaucoup de taximan utiliser un GPS dans cette région du monde. Rapidement, il fait demi-tour, prend la bonne direction, arrive au carrefour suivant et… se trompe à nouveau de direction. Il fait demi-tour et finalement arrive devant l’hôtel. Nouvelle surprise ! Point de berline étincelante mais la bonne Toyota à tout faire qui constitue la moitié du parc automobile, aussi poussiéreuse que les autres et avec plusieurs centaines de milliers de kilomètres au compteur. Après tout, rien de choquant pour l’habitué de l’Afrique que  je suis. La course se déroule sans encombre. Le chauffeur maîtrise parfaitement les usages de la conduite locale. Nous arrivons à bon port pour la moitié du prix d’un taxi.

Crédit photo : Ludovic Etienne

Me voici, il y a quelques semaines, au Nigéria. J’y ai vécu de nombreuses années, en tant que conseiller sûreté d’un grand groupe. La problématique déplacement y est un challenge quotidien dans ce pays miné par la criminalité et le kidnapping. Les sociétés, pour la plupart, déconseillent, voir interdisent l’utilisation du taxi, que ce soit sur Lagos ou Abuja et encore moins dans le Delta du Niger.

Pour un consultant indépendant développant ses activités, se déplacer en Afrique reste un facteur de coût et une problématique indéniable. Comment optimiser pendant deux semaines le quotient coût – efficacité en minimisant tout de même les risques, dans un pays où l’utilisation d’une escorte armée est conseillée … il fallait DONC tenter Uber.

Et Uber au Nigéria, ça marche ! Que ce soit à Abuja ou Lagos, dans des zones expatriées plutôt sûres (Victoria Island et Ikoyi) ou dans le « chaudron populaire » du Mainland ; évidemment avec son lot de situations cocasses voire rigolotes et une bonne dose de précaution et de vigilance tout de même.

A Abuja, Uber est un vrai plus. Les délais d’attente sont de 7 à 10 minutes, qu’on soit au centre de la capitale ou plus en périphérie. Force est de constater qu’il est souvent plus simple d’utiliser ce moyen de transport que de louer un véhicule avec chauffeur. Les voitures sont en bon état. Elles ont moins de 10 ans et Uber les contrôle.

Néanmoins, il faut garder à l’esprit que lire une carte, s’y positionner et s’y orienter, reste un exercice de style peu habituel. Nombreux sont les chauffeurs qui découvrent et la ville, le GPS et la lecture d’une carte. Il est donc toujours préférable de joindre le chauffeur pour confirmer qu’il ait bien saisi l’adresse où vous vous trouvez.

Le chauffeur : « Sa (Sir), do you have a refered point ? »

Moi : « Yes, i’m just beside the big Shoprite, check on your GPS 🙂 ».

Autre élément local à intégrer : la qualité du réseau GSM pas toujours au rendez-vous entraînant erreurs de synchronisation et de positionnement. En outre, au Nigéria, si on peut éviter d’utiliser son crédit GSM, on le fait ! Par conséquent, les chauffeurs préféreront vous laisser l’initiative de l’appel pour confirmer le point de prise en charge, et forcément le coût de la démarche 🙂 ! Si par malheur vous n’avez pas remplacé, dans les paramètres de l’application, votre numéro français par votre numéro local, vous vous entendrez souvent dire :  « Sir, you eat my credit » (traduction : j’ai bouffé du crédit pour t’appeler sur ton numéro d’Oyibo (« d’homme blanc »)).

Malgré la dureté de la vie, les nigérians ont un sens de l’humour très développé et adorent rigoler, l’énergie alors passée à tenter de ne pas se faire arnaquer est utilisée à bavarder, discuter et ainsi découvrir un petit peu plus ce qui fait la force de ce monstre africain : ses gens et leur diversité ! Et puis, se voir proposer des bonbons voire une bouteille d’eau dans un pays ou la gratuité des choses n’existe pas est somme toute très nouveau et agréable.

Crédit photo : Ludovic Etienne

Quand le salaire moyen ne dépasse pas 20k Nairas, un chauffeur de Uber pourra gagner une fois son essence payée entre 150k ngn et 200k ngn (300€ à 400€). Du jeune entrepreneur local conduisant son chevrolet avenger, en passant par le chauffeur louant son véhicule ou des jeunes femmes préférant ce type d’activité plutôt que de vendre des appartements pour des promoteurs immobiliers du Golfe, la variété de gens rencontrés est particulièrement enrichissante, ils sont dans leur grande majorité très aimables et attentionnés. Attention, il vous faudra tout de même et une fois sur deux faire le copilote pour orienter au mieux votre chauffeur : « Where are we going Sa (Sir) ? » J, mais les courses sont plaisantes et ponctuées d’un mot aimable sans oublier le « Sa, please put me five stars ! » .. « yes, I’ll give you 7 stars », tout le monde rit, quoi de plus agréable ?

Quid du risque ? D’un point de vue sécurité, utiliser Uber, notamment à Lagos, n’évitera pas le risque de car jacking, courant dans les embouteillages, ou d’agression. Néanmoins, dans les zones plus sécurisées de la ville, la traçabilité de l’itinéraire et l’enregistrement du chauffeur constituent des gages de sécurité dans un environnement ou les chauffeurs de taxi peuvent être des rabatteurs pour des groupes criminels.

Quelques conseils de prudence, tout de même :

  • faire savoir à votre entourage que vous utilisez Uber donner régulièrement votre position à quelqu’un qui s’aura agir s’il n’avait plus de vos nouvelles.
  • se faire récupérer et déposer dans l’enceinte de l’hôtel ;
  • s’installer à l’arrière du véhicule et imposer le verrouillage des portes ;
  • donner votre destination précise une fois dans le véhicule ;
  • éviter de payer en espèces (même si cela vous évitera les éventuel frais bancaire de transaction facturés par votre banque) ;
  • restreignez l’utilisation de Uber à la journée et à certaines zones dites expatriées ;
  • suivez votre positionnement et votre trajet sur votre smartphone.

Uber en Afrique, ça marche ! Encore faut-il s’équiper d’une SIM locale pour avoir accès à internet. Mais attention, je ne le recommanderai qu’à des voyageurs aguerris ayant une bonne connaissance du pays et des aléas de la vie africaine. Ces voyageurs savent qu’il ne faut jamais se laisser bercer par l’apparente quiétude d’un trajet.

Article co-écrit avec Ludovic ETIENNE, expert sûreté internationale .

[1] Rolex : contraction phonétique de roll egg pour cette crèpe dans laquelle on casse un œuf, en y ajoutant en supplément quelques légumes, et qu’on roule.